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Vivir !

Eduardo Arroyo ou la peinture à se rompre par Delphine Florence

Eduardo Arroyo, Abailard, 2012. Imprimeur : Atelier Franck Bordas, Paris. Courtesy et reproduction : Centre de la gravure et de l’Image imprimée, La Louvière.

Disparu à l’automne 2018, Eduardo Arroyo (Madrid, 1937 – 2018) occupe une place singulière parmi les persiffleurs de la peinture contemporaine ; quelque part, entre Picabia et Kippenberger… Exilé à Paris en 1958, il se lie aux plus radicaux des peintres du Salon de la Jeune Peinture et commet en 1965, avec Gilles Aillaud et Antonio Recalcati, un pamphlet pictural virulent dont on n’a pas fini de mesurer la charge subversive. Vivre et laisser mourir ou la fin tragique de Marcel Duchamp, pavé dans la mare du culte Duchampien et de l’art pour l’art, est avant tout un plaidoyer potache en faveur d’une peinture désirante et critique, au chevet du réel. Associé à ses débuts aux nébuleuses de la « Nouvelle figuration » et de la « Figuration narrative », Arroyo, antifranquiste, peint son obsession de l’Espagne. Avec ferveur et ironie, il alimente de ses images l’action anti-impérialiste internationale qui précède et poursuit les soulèvements de mai 68. Plus tard, à cheval entre Madrid et Paris, entre écriture et projets scénographiques, il poursuit son éloge critique de la peinture… par la peinture. Parce qu’elle trimbale sous son manteau les questionnements éthiques et esthétiques de la modernité, y compris dans ses circonvolutions les plus anachroniques, la peinture d’Eduardo Arroyo s’adresse à nous. Une invite jouissive et vitaliste dans l’œuvre d’un maître-peintre de la contradiction.


 

Delphine Florence est historienne de l’art, conférencière et enseignante. Elle est associée à divers pôles pédagogiques, dont celui du Wiels. Parmi ses centres d’intérêt, la notion de réalisme et son lien avec la modernité occupent une place importante.