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Vie et mort du visage

Par Laurent Courtens

Michel Thuns, Autoportrait, 1995. Huile sur toile. 60 x 60

Au XVe siècle s’affirme, en Europe, un nouvel acteur de l’histoire. C’est l’individu, sujet libre et souverain, pensant et agissant. Son terreau sera, entre autres, la peinture. C’est dans ses glacis que l’individu épèle ses traits, ordonne autour de lui les choses du monde. Monde que cette figure – en art nommée portrait – bientôt parcourra, traversera de ses gestes et de toute sa superbe. De Van Dijck à Courbet, les « grands siècles » de la peinture ont dressé une immense galerie de portraits. 

Au crépuscule du genre, à la fin du XIXe, se manifestent les symptômes d’une crise : chez Manet notamment, la figure se voile d’un doute quant à ses prémisses et à ses possibilités. Doutes qui se confirmeront et finiront par faire éclater l’unité de la représentation comme l’instance du portrait. Bientôt, la figure ne parviendra plus à établir sa solidité ou s’obstinera dans une tragique résistance. La voici plus tard rendue à l’état de masque grimaçant (Bacon, Lüpertz, Schütte…) à défaut muet et pétrifié, paralysé par l’émoi de sa propre perte (Ruff, Borremans…).

Cette dislocation est-elle le symptôme de la fin d’un mythe – celui de l’individu – ou celui-ci a-t-il trouvé d’autres supports d’expression ? C’est au seuil de cette question que conduira l’exposé. 


 

Laurent Courtens est historien de l’art et, à l’ISELP, chargé du Centre de la parole. Il est, par ailleurs, critique d’art et conférencier à l’ESA Saint-Luc (Bruxelles).