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S'attarder, fluer, suspendre

Quelques expériences spirituelles dans les arts contemporains Par Philippe Filliot

 

Dans la vie, le quotidien, l’approche du soin…, comme en art, se fait jour aujourd’hui un fort désir de « spiritualité ». Notion diffuse, latente, parfois tacite, que Philippe Filliot aborde dans ses fonctions d’enseignement (Université de Reims, Paris 8), autant qu’il l’incorpore à son étude et à sa pratique du yoga. Le propos de son intervention sera d'étudier les rapports entre art, spiritualité et temporalité, selon trois modalités singulières : d’abord, l'expérience de la lenteur (« l'art nous apprend à s'attarder », écrivait le philosophe allemand Hans-Georg Gadamer), à contre-courant de nos sociétés de l'accélération ; ensuite, l’immersion totale dans le geste, le souffle, la vie... (ce que l'on appelle aujourd'hui « une expérience du flux » en psychologie positive) ; enfin, l'expérience de l'art - pour l'artiste et pour le ou la spectateur.rice - comme arrêt, « mise en suspension » de la conscience ordinaire (ce qu’on nomme « l'épochè » en phénoménologie), une forme laïque et contemporaine des exercices spirituels.  Dans cette optique, l’œuvre d'art devient une épiphanie, c'est à dire une manifestation du sacré dans la matière sensible, une apparition de l'éternité dans le monde présent, fondamentalement en dehors des religions et des croyances, une « illumination profane » (Walter Benjamin).

Philippe Filliot est professeur agrégé d'arts plastiques à l'Université de Reims et chargé de cours sur la spiritualité contemporaine à Paris 8. Conjointement, il pratique et enseigne l'art du yoga comme une expérience à la fois sensible et spirituelle. Il est l’auteur de plusieurs livres et essais dont Illuminations profanes. Art contemporain et spiritualités (Nouvelles éditions Scala, 2014) et Etre vivant, méditer, créer (Actes Sud, coll. Le Souffle de l’esprit, 2016).